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Comment les ados voient leurs parents sur les réseaux

"UnfollowMe", la campagne d'Amnesty contre la surveillance de masse, pourrait aussi être le résumé des relations parents / ados, en ligne et hors ligne...
« UnfollowMe », la campagne d’Amnesty contre la surveillance de masse, pourrait aussi être le résumé des relations parents / ados, en ligne et hors ligne…

Les parents sont-ils la plaie des réseaux sociaux ? À lire certains posts d’ados sur Twitter ou sur des forums, on peut se poser la question… Pour provocante qu’elle soit, elle trouve aussi une certaine légitimité dans les rapports souvent assez peu nuancés que les parents entretiennent avec ces lieux aux contours flous (« quelle perte de temps ! », « je n’y comprends rien ! »), même s’il est évident qu’il en va des parents comme des enfants : ils sont tous différents.

Selon plusieurs études récentes – et selon le bon sens aussi -,  l’arrivée récente des parents sur Facebook a eu des répercussions sur la présence en ligne des ados. Désormais, si Facebook reste une plate-forme incontournable et intergénérationnelle, le réseau fondé par Mark Zuckerberg il y a 11 ans est utilisé par les ados de manière beaucoup plus parcimonieuse depuis l’arrivée de leurs parents ET de leurs grands-parents. Après avoir essuyé les plâtres des paramètres Facebook, les ados ont fini par prendre la mesure, parfois à leurs dépens, d’une surexposition de leur intimité. Snapchat, Instagram, Whatsapp ou Twitter, réseaux facilement accessibles sur smartphone – voire réservés aux smartphones pour les trois premiers -, fonctionnant donc à l’abri du regard familial, ont bénéficié de ce besoin d’émancipation des ados, qui ont vu dans ces réseaux un excellent moyen de faire rimer « moi » avec « entre-soi ». Ils y ont également vu un moyen de s’exprimer plus librement sur leurs rapports avec leurs parents, parfois tendus à cette période de la vie, et sur les liens qu’ils tissent, ou non, via les réseaux sociaux.

L’utilisation des réseaux sociaux, marqueur générationnel

Les réseaux sociaux restent un lieu important pour s’affirmer, et pour affirmer son savoir-faire par rapport à ses parents. Il est nécessaire, à un moment donné, que le parent s’efface – un peu – afin que l’enfant puisse trouver sa place. Les réseaux sociaux sont le reflet de ce besoin de « ringardisation » du parent, plus ou moins marqué selon les rapports que les ados entretiennent avec leur famille. Les réseaux sociaux sont défrichés, arpentés, labourés par les ados des années 2010 en quête de nouveaux repères par rapport à leurs parents.

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Rappels à l’ordre

Pour autant, se moquer gentiment de la naïveté de certains parents face aux réseaux sociaux est permis, mais étaler ses différends avec ses géniteurs peut être mal perçu. « Afficher ses parents » (les exposer) pour se moquer d’eux est une pratique condamnée par une majorité d’ados.

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Sentiment de surveillance accru

Évidemment, la présence éventuelle des parents en ligne est perçue comme un frein à l’expression de ses sentiments ou à l’envie de partager ses journées. Leur absence est à l’inverse toujours saluée par un pouce levé…

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Le parent-ami, frontière de la vie sociale 2.0

Lorsqu’un ado est en contact avec l’un de ses parents sur un réseau, il s’organise : il exploite les possibilités offertes par les paramétrages. Il range ses activités dans des cases, qu’il remplit en fonction de ses contacts. De la même manière que les ados segmentent leur vie hors ligne, ils segmentent leur vie en ligne, en fonction de la présence, ou non, de leurs parents.

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Qu’est-ce que sera demain ?

Finalement, ces nouveaux rapports parents / enfants ne manquent pas d’interroger les ados sur leur propre perception des réseaux sociaux… et sur leur avenir.

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Sur Twitter, des comptes Gossip Girl à la française

Esthétique soignée, références à l'univers ado : gossip, ou la version 2.0 du corbeau.
Esthétique soignée, références à l’univers ado : gossip, ou la version 2.0 du corbeau.

C’est un phénomène récent, dont on s’étonne qu’il n’ait pas explosé plus tôt : celui des comptes Twitter « gossip », en référence à la série télé à succès « Gossip Girl », série où une informatrice anonyme met la pagaille dans les écoles de l’Upper East side new yorkais avec ses SMS délateurs. Depuis le début d’année, plusieurs comptes balançant des infos explicites sur des collégiens ou lycéens de plusieurs établissements scolaires, en particulier des Hauts-de-Seine, ont essaimé sur le réseau social. À Lisieux aussi, début mars, un compte gossip a semé la pagaille dans la petite ville normande pendant trois jours avant d’être fermé. D’autres villes ou établissements scolaires de France ont également leur compte gossip, mais la plupart du temps, ces comptes meurent tout seuls, faute de véritables ragots, malgré les appels insistants de leurs créateurs à « envoyer des bails » (traduction : dénoncer des relations amoureuses). À chaque fois, ces gossips sont très perturbants pour ceux qui sont nommément cités.  Et si certains comptes ont été rapidement suspendus, d’autres continuent provisoirement de déverser des ragots, en donnant en pâture les noms d’éventuels protagonistes à quelques centaines de followers.

Ces comptes Twitter s’inscrivent donc dans le prolongement de séries à succès comme Gossip Girl ou Pretty Little Liars, prioritairement destinées à un public adolescent, et mettent en scène, dans tous les sens du terme, les corbeaux 2.0 et leurs victimes potentielles. Pourtant, on peut se demander pourquoi ces comptes ne sont pas apparus plus tôt, et pourquoi ils n’essaiment pas davantage : Twitter est en vogue chez les ados depuis deux ans, et la série Gossip Girl date quant à elle de 2007. Or, en France en tous cas, hormis quelques tentatives isolées, les comptes les plus actifs datent du début d’année.

Quand ils ne sont pas fermés, les comptes "gossip" meurent d'eux mêmes, faute d'être alimentés.
Quand ils ne sont pas fermés, les comptes « gossip » meurent d’eux mêmes, faute d’être alimentés.

La « meute » adolescente, que l’on décrit parfois à l’oeuvre pour participer à du harcèlement en ligne, est également à l’oeuvre pour veiller au grain dans l’autre sens : les créateurs anonymes de ces comptes sont honnis de leurs pairs, et si l’on en juge aux réactions des ados sur Twitter, tous n’aspirent qu’à une chose, la fermeture de ces comptes, et la fin des délations. Les corbeaux, qu’ils soient en ligne ou hors ligne, qu’ils soient ados ou adultes, sont à juste titre très mal perçus dans nos sociétés, et les réseaux sociaux jouent de manière positive de leur effet caisse de résonance pour faire en sorte que ces comptes soient signalés, et fermés. Ces comptes sont à la confluence de l’IRL et de ce que l’on a coutume, à tort, d’appeler virtuel : ils mêlent vie numérique et vie réelle aussi bien dans leur contenu, que dans leur propagation (les cours de récré et les smartphones) ou leur résolution (conseil de discipline ou explication IRL, et signalement Twitter). Ce phénomène gossip rappelle aussi, une fois de plus, l’intérêt de l’éducation en général, et de l’éducation aux médias en particulier…

Décryptage d’un hashtag

Dimanche 21 avril, alors que défilaient à Paris les pro et anti mariage pour tous, les ados s’emparaient des TT (trending topics) de Twitter pour faire en quelque sorte leur manif mariage pour tous, mais selon leurs codes à eux. Ils ont en effet propulsé en tête des hashtags France l’improbable #TeamQuiEnARienAFoutreDeLarryEtLouanor. Pour alambiqué qu’il soit, ce mot-dièse est à lui seul un concentré de notre époque, au croisement des usages numériques et des questions sociétales. Décryptage.

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Vu de loin, c’est-à-dire vu du smartphone de ceux qui ont passé l’âge d’écouter NRJ, ce #TeamQuiEnARienAFoutreDeLarryEtLouanor est totalement incompréhensible. Qui sont donc ces Larry et Louanor ? Pour y répondre, il faut emprunter un navigateur parsemé de Tumblr, Skyblogs, Twitter, et fanpages dont raffolent les ados, et grâce auxquels on acquiert une solide culture en matière de… One Direction.

Pour ceux qui l’ignoreraient encore, les One Direction sont, avec Justin Bieber, le groupe de musique qui mobilise le plus ses fans sur (et hors) les réseaux sociaux. Composé de 5 garçons dans le vent, le groupe est adulé par des millions de groupies dans le monde, qui se passionnent évidemment pour la vie amoureuse des “boys”. Essayons de résumer sobrement et clairement le scénario, aux confins de Nous Deux et Salut les copains version 2013 : l’un des chanteurs, Louis Tomlinson, est officiellement en couple avec Eleonore, une jeune étudiante. Mais certains “directioners”, nom officiel des fans du groupe, soupçonnent une autre réalité : cette idylle serait montée de toutes pièces pour masquer une relation amoureuse entre Louis et un autre membre du groupe, Harry. Arrivé à ce point du récit, le hashtag #TeamQuiEnARienAFoutreDeLarryEtLouanor commence à faire sens : Larry, c’est la contraction de Louis et Harry, et Louanor, le diminutif d’Eleonor. Tout le monde suit ? Car derrière ce mot-dièse, se cachent deux camps de fans, deux teams, représentant deux visions du couple, et surtout, quelle que soit la team, une utilisation particulièrement efficace des réseaux sociaux et des outils numériques pour se faire entendre.

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Les “Larry Shippers” adorent l’idée que Larry et Louis sont amoureux et forment un couple officieux. Les shippers sont un phénomène né dans les années 2000, issu des séries télé, en particulier des séries pour ados, où les fans suivaient une série en fonction d’un couple, réel ou supposé. Étymologiquement, un shipper vient de l’anglais “ship”, abréviation de “relationship”, relation amoureuse (dans ce contexte). Les Larry Shippers aiment l’idée de la romance entre les deux boys, et estiment que Louanor n’est qu’un fake, une fausse histoire. De l’autre côté, appelons-le Team Louanor, on estime que Louis et Harry ne vivent qu’une bromance. Qu’est-ce qu’une bromance ? Contraction de “brother” et “romance”, ce mot-valise s’applique aux relations amicales, fraternelles, que peuvent avoir deux garçons entre eux.

Alors certes, on peut se gausser du côté futile de ce #TeamQuiEnARienAFoutreDeLarryEtLouanor. Mais c’est passer à côté d’un condensé intense de notre époque, et de pratiques numériques très élaborées. Le hashtag met en lumière une certaine vision du monde comme il va, où se tissent de nouveaux liens, entre romance et bromance, et en plein débat sur le mariage homosexuel, même si le lien est rarement fait dans les tweets.

Et dans les nombreux Tumblr ou Skyblogs consacrés aux One Direction, les fans font montre de compétences très étendues en matière de recherches et d’analyses sur Internet, faisant du mode collaboratif un must. “Tu es une Larry Shipper quand tu y crois dur comme fer et que tu cherches des preuves encore et encore” résume une skyblogueuse. Les directioners, qu’ils soient “Larry Shippers” ou “bromances”, sont capables de mener des enquêtes en ligne à la manière de cyberdétectives, épluchant Youtube, Google Images, hantant les forums, remontant les timelines des comptes Twitter de la fanbase du groupe, analysant les commentaires et les likes sur Instagram, essayant de démêler le vrai du faux dans un monde de faux-semblants et de marketing. Ils connaissent par coeur les outils 2.0, et perpétuent à leur manière des pratiques issues de la fanfiction, ce mode d’expression communautaire qui s’approprie une histoire et la réécrit selon ses aspirations. Voilà, en résumé, ce qui s’abrite derrière #TeamQuiEnARienAFoutreDeLarryEtLouanor : #tolérance #bromance #shipper #musique #réseauxsociaux #undimanchesurTwitter #so2013…

Portrait robot de l’ado connecté

Un clavier qui se mange, rêve d'ado... Merci Papilles & Pupilles pour la photo.
Un clavier qui se mange, rêve d’ado… Merci Papilles & Pupilles pour la photo.

Il existe de nombreuses études sur les pratiques numériques des ados. Mais pour mieux cerner les usages, rien de mieux que le terrain. Ados 3.0 s’est rendu dans un collège près de Rouen, pour suivre, pendant une journée, des classes de 4ème s’exprimer sur le sujet des réseaux sociaux. À l’origine de cette initiative, Nadya Benyounes, chargée de mission TICE au CRDP de Rouen et professeur documentaliste, qui a assuré, dans le cadre de l’Internet Safer Day, une formation destinée à sensibiliser les élèves à un usage responsable du Net, baptisée « Tu publies, oui, mais alors tu réfléchis ! ».

Premier constat : Facebook, Internet, ordinateur personnel, smartphone, sont les quatre mots clés de ces ados, qui sont, à une écrasante majorité, équipés et connectés. Ils passent, selon leurs dires, au minimum deux heures par jour sur leur ordinateur pour chatter, jouer, youtuber, facebooker, googler. Avec ou sans le consentement des parents. On voit se dessiner très nettement une sorte de « fracture numérique » (même si l’expression est pompeuse) entre ceux qui ont une vie derrière les écrans, et ceux, minoritaires, qui n’y ont pas encore accès chez eux. Mais même ceux des ados qui n’ont pas d’ordinateur/smartphone/compte Facebook -la plupart du temps parce que les parents ne le souhaitent pas- sont au courant des pratiques de leurs copains.

Deuxième constat : ces ados ont une utilisation de consommateurs, et confondent souvent les outils avec les usages (« Internet ? C’est un moteur de recherche ! »), et connaissent encore assez peu leur grammaire numérique (« Google, c’est un navigateur »). La génération spontanée des écrans n’existe pas. Ils construisent leurs connaissances de manière empirique (« On pioche à droite à gauche ») et collaborative (« Si je pose une question sur Facebook, j’ai des réponses »). Ils ont en revanche bien compris qu’ils avaient des outils géniaux pour « buzzer », un verbe qui leur est familier.

Troisième constat : les parents semblent avoir un rôle assez flou. Mais il est difficile de démêler le vrai du faux dans les affirmations des collégiens, tant la pression sociale (c’est-à-dire au sein de la classe) est importante à cet âge, où l’on a besoin de s’affirmer par rapport à ses pairs, et de s’émanciper de ses parents. Les parents sont les premiers pourvoyeurs d’écrans (« Ma mère m’a donné son téléphone parce qu’elle en changeait »), aident leurs enfants à mentir sur leur âge (la plupart des élèves ont eu leur compte Facebook en 6e, alors que Facebook est officiellement interdit avant 13 ans), préviennent leurs enfants qu’il y a des dangers (« C’est pour nous protéger »), exercent un droit de regard souvent réduit au minimum (« Ma mère jette parfois un œil sur mon Facebook »), et investissent plus ou moins consciemment leurs enfants de super pouvoirs (« Dès qu’il y a un problème technique, mes parents me demandent »).

Quatrième et dernier constat : ces collégiens s’accommodent de l’absence de vie privée en ligne, à la fois par méconnaissance (la plupart ont des notions superficielles des paramétrages et des données personnelles), et par fatalisme, teinté de « ça n’arrive qu’aux autres ». Ils vivent avec ce couperet de la e-réputation, sans le maîtriser, mais sans s’en inquiéter non plus. En revanche, dès qu’on les sensibilise sur le sujet, les questions qu’ils se posent sont nombreuses.

Les phrases ci-dessous, prononcées par les collégiens lors de l’intervention de Nadya Benyounes, en disent beaucoup sur les rapports qu’ils entretiennent, parfois de manière contradictoire, avec les univers numériques.

« Facebook, c’est pour faire des rencontres. »
« Facebook, c’est un endroit où on peut s’exprimer librement. On chatte, on parle, on publie des photos. On peut aimer. On like des coms. On fait des jeux. On regarde le profil des gens. »
« – Moi j’ai pas de profil Facebook.
– Il est fou lui ! »
« On a des consoles, alors on va pas sur le Net pour jouer. »
« Internet, c’est né sur un ordinateur. »
« Mark Zuckerberg, peut-être que c’est une super commère ? »
« On sait bien que quand on surfe, Facebook récupère des données. C’est comme ça. »
« Un réseau social, c’est quand on raconte sa vie. »
Question de Nadya Benyounès : « Qui n’a pas Internet chez lui ? » Réponse d’un élève : « Qui n’a pas l’eau chaude ? »
« Quand les parents nous demandent quelque chose, si on sait pas répondre, on va sur un forum. Et quand on se pose des questions, on demande pas aux parents, on trouve tout sur Internet. »
Question de Nadya Benyounès : « Qui utilise Youtube ? » Toutes les mains se lèvent. « Qui utilise Dailymotion ? » Réponse collective : « Pfffff ! » Précision d’un élève : « Youtube, c’est la ville. Dailymotion, c’est la campagne. Si je veux poster une vidéo, c’est sur Youtube, au moins elle sera vue. »
« Mes vidéos Youtube, je les poste avec mon pseudo, ça buzze plus qu’un vrai nom. »
« On garde MSN pour rester en contact avec ceux qui ont pas Facebook. »
« J’ai verrouillé l’accès à mon ordinateur pour mes parents, parce que Facebook c’est ma vie privée ! »
« J’ai mis un mot de passe pour empêcher ma mère d’aller sur mon PC, sinon elle fait tout bugger ! »
« Si je mets un faux nom sur Facebook, c’est juste pour que mes parents me retrouvent pas. »
« Sur Facebook, les gens me calculent pas, alors que sur Twitter, les gens me répondent même si on se connaît pas. Et puis il y a toujours du monde sur Twitter. »

Profs et élèves sur les réseaux sociaux : « éviter la confusion public et privé »

On parle souvent des changements induits par les réseaux sociaux dans les relations familiales, moins des contacts entre profs et élèves. Aux Etats-Unis, la Virginie et le Missouri ont décidé d’interdire les liens « d’amitié » entre profs et élèves sur Facebook et Twitter. En France, nous n’en sommes pas là. Pour en parler, Ados 3.0 a interviewé Nadya Benyounes, prof doc, formatrice, en contact à la fois avec des ados et des profs, et très active sur Twitter (@nbenyounes) où sa veille sur les TICE est suivie par plus de 2 300 personnes.

Le fait que des élèves et des profs soient « amis » sur Facebook ou Twitter est-il fréquent ?

Il y a certainement des changements dans les relations, mais il n’est cependant pas si fréquent que les profs et élèves soient « amis » sur les réseaux sociaux. Souvent, on observe de la réticence de part et d’autre. Si les profs ne souhaitent pas entretenir des relations avec les élèves, ces derniers ne sont pas en reste, ils n’ont pas spécialement envie de retrouver leur environnement familial et scolaire sur Facebook. Sur un réseau social, on choisit, on trie et cette sélection commence par qui je vais intégrer dans mon réseau.

Quels liens profs et élèves peuvent-ils tisser sur les réseaux sociaux ? 

Franchement, je ne sais pas trop s’il est souhaitable que profs et élèves se retrouvent sur les réseaux. Je crois plutôt que cela dépend de l’enseignement et des élèves, de la relation qui est construite et de la façon dont l’enseignant dispense son cours. Je suis convaincue qu’en tant qu’enseignant et formateur, nous avons un rôle à jouer dans l’éducation aux médias, et les réseaux sociaux en font partie. Les élèves les utilisent mais leur usage relève souvent du zapping : je poste un lien, une photo sur mon mur, je like, je recommande, etc. Mais ils n’analysent pas leurs actions et après tout ce n’est pas vraiment leur rôle ; c’est le nôtre, celui des enseignants, formateurs et parents de les accompagner à un usage responsable et raisonné.

Est-ce que le fait que chacun soit présent sur les réseaux sociaux, à titre personnel, et non pas en tant que « prof » ou « élève », sans forcément être « ami », peut avoir des répercussions dans les rapports quotidiens ? Par exemple, si un prof apprend, via les réseaux, qu’un élève a fait la fête (ou vice-versa), cela peut-il empiéter sur le cours ? 

Je pense que si on souhaite protéger notre vie privée, c’est à nous de prendre les mesures nécessaires pour qu’elle le reste. Internet étant un espace public, à nous également de faire attention à la confusion de nos espaces public et privé. Tout ce qu’on y publie est susceptible d’être lu, vu, c’est ce que nous devons expliquer aux élèves. Tant que je n’ai pas activé mon navigateur sur mon ordinateur, je suis chez moi mais à partir du moment où je le fais, je m’expose et j’en assume les risques. Mais sont-ils bien informés à ce sujet ? Connaît-on toutes les subtilités du Web et du social media ? Rien n’est moins sûr comme en témoignent les changements réguliers opérés dans les conditions d’utilisation de ces réseaux.

Les ados s’intéressent de plus en plus à Twitter. Est-ce également le cas des profs ?

J’ai l’impression que Twitter intéresse de plus en plus, mais pas seulement les ados et les profs. Cependant, cela reste encore peu significatif quand on observe que plus de 25 millions de Français sont sur Facebook, alors que Twitter en compte pour le moment un peu plus de 5 millions.

De ce que vous pouvez en voir, Facebook est-il toujours le réseau social préféré des ados ?

Pour le moment, nous sommes un peu dans une période d’attente de ce qui va remplacer la « vague Facebook », parce que quelque chose d’autre viendra, c’est sûr. Mais en attendant, même s’il a été dit qu’ils allaient en masse sur Twitter par exemple, ce n’est pas trop l’impression que j’en ai à mon niveau. Facebook convient aux ados car il est à usage multiple, instantané et surtout, ils pensent le connaître et le maitriser. Depuis quelques temps, j’observe quelques comptes d’élèves sur Twitter, ainsi que l’usage qu’ils en font, mais je n’ai pas encore assez de recul et de matière pour pouvoir en faire état. Une chose m’a interpellée : ils sont très peu à protéger leur compte et leur mot d’ordre est « suis-moi et je te suivrai en retour », c’est une course aux « followers ».
En tout cas, il semble qu’ils aient compris le fonctionnement de Twitter et ses subtilités, pour certains, et ils en usent : un pseudo attractif un tantinet provoc’, une biographie (parfois mystérieuse) qui intrigue et qui donne envie de suivre, utilisation des hashtags et surtout raconter sa vie et par tous les moyens se faire connaître. Mais en fait, ce sont les mêmes qui ont un grand nombre d’amis sur Facebook : aussi doivent-ils transposer leur usage de Facebook à celui de Twitter. À suivre…

Pour prolonger la lecture :
Les ados, community managers d’eux-mêmes

Les ados, community managers d’eux-mêmes

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Plonger dans les pratiques adolescentes sur les réseaux sociaux, c’est s’exposer à une grosse bouffée d’égos pas forcément surdimensionnés, mais en tout cas à la recherche d’eux-mêmes. Et comme souvent à cet âge-là, cette quête de soi peut passer par quelques errements.

L’art du quant-à-moi

Sur Twitter ou Facebook, les ados – ou du moins ceux qui y sont présents – ont trouvé des espaces parfaits pour communiquer entre eux, et, aussi, pour tester leur pouvoir naissant, ce qui passe, souvent, par des méthodes éprouvées par les community managers. A la différence qu’un community manager s’occupe d’une marque ou d’un site, et que les ados s’occupent d’eux-mêmes, comme des chefs.

Sur Twitter, beaucoup des ados qui ont rejoint la plateforme apprécient avec passion les fonctions « follow » et « retweeter », pourvu qu’elles s’appliquent à eux-mêmes. Les comptes adolescents proposent très souvent dans leur bio : « followe moi et je te followe avec 3 comptes différents », équivalent 2.0 du « qui m’aime me suive », et manière pas du tout déguisée de gagner des followers, quitte à unfollower dans la foulée. Beaucoup d’ados sont sur les réseaux pas uniquement pour échanger, mais aussi pour se tester, et voir dans quelle mesure ils peuvent étendre le nombre de leurs followers.

Shoutout !

Outre les « followe-moi et je te followe », les ados ont des méthodes bien éprouvées pour capter l’attention. Le « shoutout » consiste à mentionner un compte et à appeler ses followers à suivre ce compte. C’est, grosso modo, l’équivalent du FF, ou « follow Friday » chez les « plus âgés », qui désigne des comptes intéressants à suivre. Mais pour avoir droit à un « shoutout », il faut rendre un service numérique : commenter une pp (photo de profil), en bien évidemment ; faire un RT (retweeter), follower, voire cliquer sur un concours ou sur une bannière de pub pour les plus chevronnés d’entre eux. Des ficelles dignes d’une certaine forme de community management, pour se bâtir au plus vite un réseau de plusieurs milliers de followers. En faire quoi ? Rien de particulier.  « Juste se faire mousser » écrit l’une d’entre elle.

Des fans et des likes

Ce genre de pratique a démarré sur Facebook, où la course aux amis a jusque récemment constitué un sport de cour de récré. Aujourd’hui, sur Facebook, il ne s’agit plus d’avoir 5 000 amis, ce qui parait désormais suspect, mais 5 000 fans, car de plus en plus d’ados créent non pas un profil public, mais une page fan, pour mettre en avant une activité ou une passion, et obtenir facilement des « likes », tout en faisant sa promotion. Derrière ces pratiques empiriques du community management, se dessinent les contours d’une génération pour qui marketing, pub, com, et relations publiques sont aussi naturels que ne l’étaient pour la génération précédente les jeux vidéo.

Quand #UneMère et #SonAdo tweetent : interview croisée

Delphine Foviaux est une tweeteuse chevronnée. Depuis quelques mois, elle a entraîné dans son sillage Valentine, sa fille de 13 ans, qui est parfois discrètement mentionnée dans les tweets de sa maman par le hashtag #MonAdo. À l’heure où la planète Twitter est en émoi après s’être aperçu que les ados investissaient eux aussi le réseau, il nous a semblé intéressant de proposer une interview croisée mère / fille, de laquelle il ressort que Twitter est définitivement un réseau à part, où parents et ados peuvent se suivre, tout en permettant à chacun de rester sur son territoire, et aux ados de vivre pleinement leur passion pour leurs idoles…

Questions à Delphine et Valentine

Qui a initié l’autre à Twitter ?
Delphine : moi

Qui se débrouille le mieux aujourd’hui ?
Delphine : #MonAdo a plus de followers que moi (plus du double, même) mais nous n’en faisons pas la même utilisation ! Nous n’avons pas les mêmes centres d’intérêt ! Par contre, elle utilise des outils que je n’utilise jamais, comme Twitlonger ou Twitcam, et elle se débrouille toujours pour trouver seule celui qui correspond à ses besoins, comme par exemple pour faire une vidéo à partir de toutes les photos que ses followers lui ont envoyées par exemple. Et puis, elle utilise naturellement des techniques de mass marketing, à coup de « RT please », « RT si tu aimes », « RT si tu veux que je te followe »… comme certains comptes de pros du marketing anglo-saxon qu’on peut voir passer parfois sur nos TL (non, je ne citerai personne). Résultat, en à peine trois mois, elle avait 2 000 followers.

Questions à Valentine

Comment as-tu connu Twitter ?
Par ma mère qui l’utilise depuis plusieurs années. Elle nous faisait rire pendant des émissions de télé en nous lisant les tweets des gens qui livetweetaient les émissions, et ça m’a donné envie de m’y mettre aussi.

Depuis combien de temps tweetes-tu ?
Depuis le 23 janvier. J’ai demandé à ma mère de m’aider à me créer un compte pour pouvoir suivre les NRJ Music Awards parce que Justin Bieber y allait. Elle m’a donc expliqué comment faire pour créer mon profil, ma bio, et les règles de base pour faire mes premiers tweets (quel # suivre pour l’émission, que voulait dire RT, etc…). Maintenant, j’ai plus de followers qu’elle !

Qu’est-ce qui te plaît dans ce réseau ?
C’est de pouvoir suivre l’actualité de mes « stars » favorites, de les suivre elles aussi et de pouvoir échanger des infos et rencontrer des personnes qui ont les mêmes passions que moi. Avec les autres Directioners (fans des One Direction, ndlr) ou Beliebers, on organise souvent des rencontres IRL et même des flashmobs. On est une grande famille de fans. Je me suis fait de nouvelles amies grâce à Twitter.

Es-tu présente sur d’autres réseaux ?
Oui, sur Facebook :j’ai un profil et j’administre plusieurs pages et groupes. J’ai presque 2 000 likes sur ma page principale, consacrée aux One Direction et mes stats sont meilleures que celles de ma mère, ce qui la fait enrager ;-)

Quels sont les avantages de Twitter par rapport aux autres ?
On peut savoir en « direct » ce que font nos « stars » préférées et même leur parler. On peut suivre un événement, en organiser, et communiquer avec d’autres fans du monde entier. C’est plus pratique que Facebook.

Facebook, c’est toujours important d’y être ?
Oui, des fois, il s’y passe plus de choses que sur Twitter. Mes amis sur Facebook, je les connais tous vraiment, contrairement à Twitter.

Quelles sont tes relations avec ta maman sur Twitter ? Vous échangez des tweets, ou c’est chacune ses tweets ?
Nous « parlons » rarement ensemble. Mais je sais qu’elle m’espionne ;-) Enfin, qu’elle lit régulièrement mes tweets.

Questions à Delphine

Est-ce important pour toi de follower ta fille (voire est-ce un préalable ?), ou est-ce que ça s’est fait naturellement ?
C’était une condition : elle n’a que 13 ans. Je ne regarde pas tout, mais je jette un œil de temps en temps. Elle a tout de suite su bloquer les « vieux », les « têtes d’œufs », les robots, les comptes qui n’ont rien à voir avec ses centres d’intérêt… donc je ne m’inquiète pas trop. Les règles de base, elle les maîtrise : ne pas donner son téléphone, son adresse…

As-tu déjà fait des remarques à ta fille par rapport à des tweets ? (genre #faispascifaispasça ;-)
Oh la la, oui ! Je me bats pour le respect de l’orthographe dans ses tweets ! Parce qu’on peut facilement faire le rapprochement entre nos 2 comptes => Sa réponse est sans appel : OSEF ! (abréviation de « On s’en fout », ndlr). Et puis régulièrement, au début, je lui expliquais comment « optimiser » ses tweets, comme par exemple ceux qui auraient plutôt fait l’objet d’un DM…