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L’ado, chaînon manquant de la lecture numérique

Une étude sur les habitudes de lecture des jeunes britanniques vient d’être publiée. Réalisée auprès de 21 000 jeunes de 8 à 16 ans, elle dresse un portrait de l’ado lecteur. Si l’étude a eu un certain retentissement parce qu’elle précise que les ados préfèrent lire des textos au détriment des magazines, il y a cependant d’autres enseignements à tirer. En particulier que l’ado d’aujourd’hui est un lecteur numérique en devenir. Près de deux adolescents sur trois lisent sur un ordinateur (63,8%) et sur leur mobile (56%). Concernant la lecture sur iPad ou autre « appareil électronique », le chiffre tombe certes à 20% (et à 8,8% pour le Kindle), mais il s’explique vraisemblablement par le taux d’équipement et la perception d’abord ludique de la tablette. Le chiffre le plus intéressant concerne les « bilingues », ceux qui lisent aussi bien sur papier que sur écran : près des deux tiers des ados interrogés (62%) déclarent lire indifféremment sur papier ou écran. Les adultes de demain sont donc des êtres hybrides, qui ont des habitudes de lecture empruntant aux deux supports. L’ado lecteur aime lire des SMS ou les statuts Facebook de ses copains, mais il lit des magazines ou des romans sur papier. L’écran est réservé à l’instantané, au court, au social, tandis que le papier joue les prolongations avec l’analyse et l’évasion.

Il n’y a finalement dans ces pratiques que le reflet de la volonté de s’identifier à un groupe, chère à cette période de la vie. La lecture est un acte isolé, qui nécessite un certain repli sur soi. Elle va à l’encontre des habitudes prises en ligne, où la lecture (qu’il s’agisse de SMS, de statuts Facebook, de blogs) s’accompagne d’un échange. C’est une lecture vivante, dans tous les sens du terme : elle implique d’être également acteur, auteur, et de savoir instantanément ou presque ce que pense l’autre, d’avoir un retour, une interaction. C’est une lecture qui se fait à plusieurs, et s’enrichit des contributions des uns et des autres. Le lecteur de demain est donc en train de se former au numérique, d’essuyer les plâtres de la lecture sociale. Des expérimentations sont en cours, qui tentent de surfer sur ces pratiques naissantes. L’une des plus récentes, baptisée Frankbooks, a pour but d’exploiter les possibilités de la lecture sociale en créant une communauté de lecteurs qui peuvent interagir avec l’auteur et avec un personnage. Le tout est basé sur une application Facebook, transformant les personnages du livre en « community managers » de ce ebook. L’adolescent d’aujourd’hui, qui mêle un peu tout dans ses lectures, aussi bien sur la forme (statuts, SMS ou fictions) que sur le support (écrans et papier), est le chaînon manquant de la lecture numérique, celui qui va assurer la transition vers une nouvelle forme de lecture qui sera à la fois numérique, sociale et évolutive.

Les ados, community managers d’eux-mêmes

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Plonger dans les pratiques adolescentes sur les réseaux sociaux, c’est s’exposer à une grosse bouffée d’égos pas forcément surdimensionnés, mais en tout cas à la recherche d’eux-mêmes. Et comme souvent à cet âge-là, cette quête de soi peut passer par quelques errements.

L’art du quant-à-moi

Sur Twitter ou Facebook, les ados – ou du moins ceux qui y sont présents – ont trouvé des espaces parfaits pour communiquer entre eux, et, aussi, pour tester leur pouvoir naissant, ce qui passe, souvent, par des méthodes éprouvées par les community managers. A la différence qu’un community manager s’occupe d’une marque ou d’un site, et que les ados s’occupent d’eux-mêmes, comme des chefs.

Sur Twitter, beaucoup des ados qui ont rejoint la plateforme apprécient avec passion les fonctions « follow » et « retweeter », pourvu qu’elles s’appliquent à eux-mêmes. Les comptes adolescents proposent très souvent dans leur bio : « followe moi et je te followe avec 3 comptes différents », équivalent 2.0 du « qui m’aime me suive », et manière pas du tout déguisée de gagner des followers, quitte à unfollower dans la foulée. Beaucoup d’ados sont sur les réseaux pas uniquement pour échanger, mais aussi pour se tester, et voir dans quelle mesure ils peuvent étendre le nombre de leurs followers.

Shoutout !

Outre les « followe-moi et je te followe », les ados ont des méthodes bien éprouvées pour capter l’attention. Le « shoutout » consiste à mentionner un compte et à appeler ses followers à suivre ce compte. C’est, grosso modo, l’équivalent du FF, ou « follow Friday » chez les « plus âgés », qui désigne des comptes intéressants à suivre. Mais pour avoir droit à un « shoutout », il faut rendre un service numérique : commenter une pp (photo de profil), en bien évidemment ; faire un RT (retweeter), follower, voire cliquer sur un concours ou sur une bannière de pub pour les plus chevronnés d’entre eux. Des ficelles dignes d’une certaine forme de community management, pour se bâtir au plus vite un réseau de plusieurs milliers de followers. En faire quoi ? Rien de particulier.  « Juste se faire mousser » écrit l’une d’entre elle.

Des fans et des likes

Ce genre de pratique a démarré sur Facebook, où la course aux amis a jusque récemment constitué un sport de cour de récré. Aujourd’hui, sur Facebook, il ne s’agit plus d’avoir 5 000 amis, ce qui parait désormais suspect, mais 5 000 fans, car de plus en plus d’ados créent non pas un profil public, mais une page fan, pour mettre en avant une activité ou une passion, et obtenir facilement des « likes », tout en faisant sa promotion. Derrière ces pratiques empiriques du community management, se dessinent les contours d’une génération pour qui marketing, pub, com, et relations publiques sont aussi naturels que ne l’étaient pour la génération précédente les jeux vidéo.

Bienvenue sur Twiiiiitttteeer les #ados

Juillet 2012 : il faudra se souvenir de cette période historique dans les annales des réseaux sociaux. En ce mois estival, période propice à la saison des amours, on assiste au début de la fin d’un couple qui a assuré les gros titres de la presse – les ados et Facebook -, tandis qu’un nouveau se forme attirant sur lui les projecteurs : les ados et Twitter. D’abord réticents au micro blogging, qui n’est, de prime abord, pas aussi intuitif que Facebook, les ados fuicidaires découvrent avec bonheur les attraits de Twitter : interaction avec leurs idoles (Justin Bieber et les One Direction), mass following (équivalent des centaines d’amis sur Facebook, mais de manière simplifiée grâce à la mise en place de méthodes dignes de CM plus ou moins chevronnés du type : « RT et je te followe »), et surtout, un réseau très mobile (ce que n’est pas du tout le cas de Facebook, qui pour le moment a raté ses applis smartphone), et éloigné de la famille. Sur Twitter, on vient avec sa « team », on la créé ou on la rejoint, mais on reste entre soi. La preuve ? Les ados ont commencé à débarquer sur le réseau l’an passé, sans que personne (c’est-à-dire principalement les journalistes, qui forment le gros des troupes tweeteuses en France) ne les remarque. Il n’y a aucune interaction entre les différentes sphères présentes, où chacun construit son réseau à sa guise, selon ses centres d’intérêt, et non pas selon ses relations (ou pas uniquement). Les teams ados ont leurs codes, leurs écrits, leurs rituels, leurs événements (souvent liés aux événements de leurs chanteurs préférés), qui les différencient totalement du reste des utilisateurs, et les rendent imperméables aux autres twittos. Il sera intéressant d’observer comment ces différentes communautés vont cohabiter sur Twitter, et comment les pratiques des uns influenceront les pratiques des autres.

Au secours, les cybers attaquent !

Les kikoolols grandissent. Dans la hiérarchie adolescente, les kikoolols, jusqu’à maintenant, c’était un peu la plaie des réseaux sociaux. Sortes d’arpètes d’antan, ils étaient les premiers apprentis ados 2.0. Là où le kikoolol débarquait, le swag, cet être censé être au sommet d’une certaine branchitude, s’enfuyait. Les kikoolols, c’étaient les petits frères ou petites sœurs, avides de faire comme les grands, et ainsi baptisés parce qu’ils usaient et abusaient des textos et de leur langage. Ce sont eux qui ont inondé les forums ou les murs Facebook de « kikoo, sava ? » et autres « wé, lol », raccourcissant et malaxant les mots pour mieux les adapter à leurs pouces et aux écrans des smartphones. Hier dénigrés par les plus grands – l’expression « t’es un kikoolol » étant très péjorative – les kikoolols, avec l’accession de LOL au dictionnaire, ont changé de statut et ont acquis leurs (trois) lettres de noblesse. Il fallait bien que les kikoolols grandissent et se trouvent eux aussi des cibles de moqueries, histoire de marquer leur territoire. Il semble donc qu’aujourd’hui, à l’étage en dessous, on trouve les cybers. Oui, les cybers. Cyber devient un substantif, péjoratif qui plus est. Ces jeunes n’ont plus respect ;-) Dans le temps (je vous parle d’un temps bla bla bla), quand on prononçait le mot « cyber », des regards plein de respect et d’envie se braquaient sur vous. Si vous évoluiez dans l’univers cyber, vous étiez hype, tout simplement. On vous invitait à beamer aux soirées Palm, c’est tout dire.

The times they are a changin’, comme chantait Bob Dylan… Et aujourd’hui, là où le cyber débarque, le kikoolol s’enfuit. « Cyber, ta quitté Skyrock, ta attaquer Facebook, et maintenant tu t’en prend à Twitter. » peut-on lire, dans le texte, sur le fil de jeunes twittos kikoolols visiblement indisposés par l’arrivée de ces cybers. Voilà donc le cyber pestiféré qui débarque. Ce cyber, comment le définir ? « Le cyber qui se rajoute des piercings avec Photofiltre ! », c’est en gros le plouc 2.0, la lie de l’utilisateur des mondes numériques. C’est le nolife, celui qui n’a de vie que virtuelle. « T’as 4 000 amis sur Facebook mais tu manges tout seul à la cantine ? T’es cyber ». Voilà une définition claire et efficace.

Le choix du mot joue un rôle important. En connotant de manière péjorative tout ce qui a défini il y a quelques années le succès du Web en général, ce mépris soudain pour le « cyber » marque une rupture générationnelle. Le mot a vieilli. Il s’est banalisé. Ses origines liées à la science-fiction, et à toute la culture qui a suivi, sont en train d’être balayées par une génération née et grandie au XXIe siècle. Il n’est plus synonyme de l’ouverture sur un monde totalement nouveau. Il est en passe de devenir synonyme de « out »… Les cyber abus passés sont aujourd’hui pointés du clic par les ados eux-mêmes. Ceux-là mêmes qui hier faisaient la chasse aux amis se moquent de ceux qui font la même chose aujourd’hui. Le cyber n’a donc plus la cote chez les ados. « Espèce de cyber » n’est pas franchement un compliment. Il faut dire que dans l’univers adolescent, il est souvent associé, en tant qu’adjectif, à des notions négatives, comme le harcèlement, voire l’attaque. Ce glissement sémantique n’a rien de fortuit. Selon une récente étude de l’agence américaine Common Sense Media, la moitié des jeunes Américains préfèrent communiquer en « face à face », en « vrai » donc, et non plus en « cyber » : parce que c’est « plus fun » et surtout, parce que l’on peut mieux comprendre ce que veut dire « l’autre » quand on le voit. Comme on a pu le craindre au début, l’arrivée des réseaux sociaux n’a pas remplacé la vie réelle, elle l’a complétée. Et elle continuera à la compléter. Mais différemment. Les ados d’aujourd’hui, après les errements du début, en faisant rimer le terme « cyber » avec « boloss » (ringard, traduction pour les plus de 40 ans), prouvent qu’ils savent tenir compte des erreurs de leurs aînés. Les réseaux sociaux font partie de leur vie, mais ne sont pas toute leur vie. Ils commencent à faire la part des choses. Sauf les cybers, bien entendu.

Laurence Bee

Bonne nouvelle : les ados se « fuicident »

Oui, vous avez bien lu, et non, il n’y a pas de faute d’orthographe : les ados se fuicident. Se fuicider : néologisme apparu en juin 2012, mélange de « suicide » et de « Facebook », signifiant « quitter Facebook », « supprimer son compte ». Ce n’est donc plus « Facebook m’a tué », mais « j’ai tué Facebook », une inversion du sujet qui n’a rien d’anodin. En effet, selon une étude que vient de publier le cabinet britannique Conquest, Facebook agit sur l’humeur des ados, ce qui n’a rien de surprenant, et les rend « unhappy ». Parfois abusivement traduit par « dépressif », nous préférerons ici la traduction littérale de cet adjectif par « non heureux », qui a le mérite de dire clairement les choses : non, avoir des centaines d’amis en réseau n’est pas l’assurance du bonheur. Voire, comme le souligne l’étude, cela peut même conduire à l’effet inverse, et développer une série d’émotions négatives : sentiment de vulnérabilité au harcèlement pour 44% des jeunes sondés, mauvaise image de soi (28%), jalousie (24%), voire, dans un quart des cas, une dépression (tout de même) qui résulte de la comparaison constante avec les « autres », qui ne postent, évidemment, que des statuts positifs et enjolivent leur réalité. Résultat : 31% des ados interrogés ont supprimé leur compte, ou envisagent de le faire.

Cette notion de « fuicide » est une bonne nouvelle à double titre. D’abord, cela signifie que contrairement à tout ce que l’on peut imaginer de l’inconscience adolescente en ligne, elle n’est pas si tangible que cela : les ados conservent leur libre-arbitre, et s’il ne se sentent pas à l’aise quelque part, effet moutonnier ou pas, ils savent dire stop et prendre en main leur destin numérique.

Ensuite, la construction de son identité en ligne à l’âge adolescent est plus subtile qu’il n’y paraît : les ados ne révèlent pas forcément tout de leur vie privée, mais uniquement ce qui les arrange. Les usages se sont affinés avec le temps. Et si les premiers utilisateurs ont essuyé les plâtres de la publication en ligne sans en maîtriser les conséquences, les ados d’aujourd’hui, alertés par les médias, les parents, les profs, et confrontés à leurs propres erreurs, en tirent une conséquence logique : ils ferment leur compte. Selon une autre étude récente, les petits Français seraient d’ailleurs parmi les mieux informés au monde concernant les problèmes de sécurité en ligne, voire les mieux informés en Europe, preuve de l’utilité de l’éducation aux médias numériques que ce soit à l’école ou à la maison.

Cette apparition de la notion de « fuicide » ne doit pas pour autant faire baisser la garde concernant le savoir-vivre en ligne. Les ados et futurs ados ont pris goût à la vie sociale en ligne. Elle fait partie de leur quotidien, certains diront de leur ADN. Certains ados se réfugient sur Twitter, où ils se sentent à l’abri de leurs parents, et où, surtout, ils ont le sentiment de pouvoir communiquer plus facilement avec leurs idoles, qu’il s’agisse de Justin Bieber ou des One D. D’autres réseaux accueillent les déçus de Facebook. MySpace, tourné vers la musique, semble retrouver une deuxième jeunesse après avoir été enterré par l’arrivée de Facebook… Mais surtout, des réseaux beaucoup plus intimistes, comme Path, uniquement accessible via les smartphones, donc très personnel et à l’abri des regards, montent en puissance. Le temps des secrets, bientôt le come back ?

Laurence Bee

Bienvenue chez les ados 3.0

Ecrire le premier billet d’un nouveau blog, c’est une tâche intense… C’est le début d’une nouvelle aventure, pleine de promesses, dont on espère qu’elle sera porteuse d’échanges et d’expériences intéressantes. Après avoir lancé il y a un peu plus d’un an le blog Parents 3.0, qui cerne les préoccupations des parents confrontés à l’utilisation (la consommation ?) des écrans sous toutes leurs formes connectées, par leurs enfants (qu’ils soient bébés, juniors ou ados), la galaxie des familles 3.0 donne aujourd’hui naissance à son premier enfant. Et comme on vit une époque où tout va très vite, cet enfant est déjà un ado… Il nous a semblé opportun de réserver un espace spécifique à l’observation des habitudes numériques des ados, tant elles sont porteuses de tendances, tant, aussi, elles semblent être la source de conflits dans les familles. Nous tenterons justement de comprendre pourquoi ados et connexions sont souvent à l’origine de tensions dans les foyers. Quelles sont-elles, justement, ces connexions ? Faut-il réellement s’alarmer des nouvelles pratiques ? Quel est l’impact des univers numériques sur l’univers quotidien des ados ? Nous tenterons également de nous intéresser à la « génération Z », ou « Génération C », comme… connectée, qui forme les bataillons des ados de demain, et ne demande qu’à s’inspirer des modèles de leurs grands frères et soeurs. Nous tenterons donc, sur Ados 3.0, de donner la parole… aux ados 3.0, d’effectuer une veille la plus complète possible, d’interviewer des spécialistes, bref, de devenir le webmag de référence pour tous ceux qui s’intéressent aux mondes numériques adolescents.

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