Parents, et si on hackait nos enfants ?

avatarChers parents de 2013,
Vous vous posez beaucoup de questions. Ne le niez pas, je suis comme vous. Internet, réseaux sociaux, mondes numériques… la tâche semble immense, à la hauteur de la pression que les médias et les institutions font peser sur nos épaules déjà larges. Sans parler de nos enfants. “Han, mais laisse-moi faire !” est leur crédo dès que vous approchez de près ou de loin d’un écran. Et vous avez tendance, en votre for intérieur, à en éprouver un mélange de soulagement (ouf, ça de moins à faire), et de culpabilité (mais quand même, c’est moi qui devrais lui apprendre). Oui, je suis un petit peu dans vos têtes. Alors plutôt que de maugréer dans votre coin, de soupirer en maudissant (au mieux) ou en ignorant (au pire) ce que font vos enfants en ligne, je vous propose de hacker vos propres enfants. En toute simplicité.
De quoi s’agit-il ? De les hacker non pas au sens souvent utilisé de pirater (ce qui ne voudrait rien dire, vous en conviendrez avec moi), mais dans le sens initial de « bidouiller », détourner. La bidouillabilité (ne riez pas) (de l’anglais “hackability”) est, d’après Wikipédia, « la capacité pour quelque chose (système, objet technique, outil, etc.) à être détourné de sa vocation initiale pour de nouveaux usages ». Hackons (et non hachons comme me le suggère le correcteur orthographique) donc gaiment nos enfants, et explorons leur appétence pour les univers connectés. Plutôt que de nous en offusquer et d’y voir matière à conflit, exploitons leur goût pour le collaboratif et les réseaux, et créons de nouveaux liens familiaux.
Combo win-win assuré : premièrement, le parent ne se pose plus comme un censeur mais comme un accompagnateur. Rappelons qu’accompagner, au sens étymologique du terme, veut dire “manger le pain avec” : mangeons des écrans avec nos petits ogres, retrouvons le goût des saveurs numériques. Valorisons nos kids dans leurs “acquis écrans”.
Deuxièmement, le parent en profite également pour faire une mise à niveau et se réapproprier le territoire des réseaux sociaux et des usages numériques. La génération spontanée des écrans n’existe pas, elle se construit à force d’échanges et de collaborations plus ou moins organisées, plus ou moins construites. Apportons notre vision parentale, et nos besoins en tant que chefs de famille : il y a sûrement matière à tirer bénéfice des “acquis écran” pour l’ensemble de la famille. Demandez à vos génération Z de mettre leurs réseaux à contribution pour trouver des recettes de pâtes originales pour la semaine, proposez-leur de dénicher des nouvelles idées de déco pour la maison sur Habbo hôtel, chargez-les d’organiser une synthèse des meilleurs forfaits Internet en vue de trouver le plus adapté, mettez-les au défi de faire les courses en ligne… Bref, je plaisante, mais vous voyez l’esprit ?
Pour résumer : hackez vos enfants pour ne plus faire du temps écrans un temps de conflit mais un temps de complicité, via des apprentissages en commun. En bidouillant ainsi les rapports familiaux, en agissant sur la notion d’hyperliens, au propre comme au figuré, vous faites clic compte triple : vous transformez effectivement le temps écran en un temps complice et non plus en un temps de conflit, vous défrichez intelligemment ces terrains vagues que peuvent être les réseaux sociaux et les open data, et vous reprenez votre rôle d’éducateur, en devenant un accompagnateur de première classe. Surtout, vous montrez à vos enfants, qui baignent dans le web social, que vous avez saisi le sens du mot inter-action.
Sans compter que hacker ses enfants, c’est sans danger (je sais, la dernière fois que vous avez entendu cette phrase, c’était au siècle dernier dans Marathon Man), c’est totalement légal, et c’est dans l’air du temps, qui fait du mix un must en réinventant nos usages. Et pour mieux respecter l’esprit du hacking, hackons ensemble, et échangeons entre parents nos bons trucs pour créer du lien numérique en famille. Chiche ?

[Précision : ce billet devait initialement être publié sur le blog Parents 3.0, qui, ironie du sort, a été piraté au moment où j’écrivais ces lignes. Alors, comme on a l’esprit de famille chez les 3.0, et dans un pur esprit bidouille hacking, c’est le blog des Ados 3.0 qui accueille ce billet, en attendant que les Parents 3.0 retrouvent figure humaine, ce qui sera fait dans les jours qui viennent… Merci à vous, lecteurs de tous horizons, pour votre patience. Et sinon, que les pirates de bas étage qui emmerdent tout le monde soient déconnectés sur 7 générations. Laurence Bee]

Quelques liens pour aller plus loin dans l’esprit “hacking” et éducation :
Hackons l’école, un article d’Owni
Open Bidouille Camp

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