Portrait robot de l’ado connecté

Un clavier qui se mange, rêve d'ado... Merci Papilles & Pupilles pour la photo.

Un clavier qui se mange, rêve d’ado… Merci Papilles & Pupilles pour la photo.

Il existe de nombreuses études sur les pratiques numériques des ados. Mais pour mieux cerner les usages, rien de mieux que le terrain. Ados 3.0 s’est rendu dans un collège près de Rouen, pour suivre, pendant une journée, des classes de 4ème s’exprimer sur le sujet des réseaux sociaux. À l’origine de cette initiative, Nadya Benyounes, chargée de mission TICE au CRDP de Rouen et professeur documentaliste, qui a assuré, dans le cadre de l’Internet Safer Day, une formation destinée à sensibiliser les élèves à un usage responsable du Net, baptisée "Tu publies, oui, mais alors tu réfléchis !".

Premier constat : Facebook, Internet, ordinateur personnel, smartphone, sont les quatre mots clés de ces ados, qui sont, à une écrasante majorité, équipés et connectés. Ils passent, selon leurs dires, au minimum deux heures par jour sur leur ordinateur pour chatter, jouer, youtuber, facebooker, googler. Avec ou sans le consentement des parents. On voit se dessiner très nettement une sorte de "fracture numérique" (même si l’expression est pompeuse) entre ceux qui ont une vie derrière les écrans, et ceux, minoritaires, qui n’y ont pas encore accès chez eux. Mais même ceux des ados qui n’ont pas d’ordinateur/smartphone/compte Facebook -la plupart du temps parce que les parents ne le souhaitent pas- sont au courant des pratiques de leurs copains.

Deuxième constat : ces ados ont une utilisation de consommateurs, et confondent souvent les outils avec les usages ("Internet ? C’est un moteur de recherche !"), et connaissent encore assez peu leur grammaire numérique ("Google, c’est un navigateur"). La génération spontanée des écrans n’existe pas. Ils construisent leurs connaissances de manière empirique ("On pioche à droite à gauche") et collaborative ("Si je pose une question sur Facebook, j’ai des réponses"). Ils ont en revanche bien compris qu’ils avaient des outils géniaux pour "buzzer", un verbe qui leur est familier.

Troisième constat : les parents semblent avoir un rôle assez flou. Mais il est difficile de démêler le vrai du faux dans les affirmations des collégiens, tant la pression sociale (c’est-à-dire au sein de la classe) est importante à cet âge, où l’on a besoin de s’affirmer par rapport à ses pairs, et de s’émanciper de ses parents. Les parents sont les premiers pourvoyeurs d’écrans ("Ma mère m’a donné son téléphone parce qu’elle en changeait"), aident leurs enfants à mentir sur leur âge (la plupart des élèves ont eu leur compte Facebook en 6e, alors que Facebook est officiellement interdit avant 13 ans), préviennent leurs enfants qu’il y a des dangers ("C’est pour nous protéger"), exercent un droit de regard souvent réduit au minimum ("Ma mère jette parfois un œil sur mon Facebook"), et investissent plus ou moins consciemment leurs enfants de super pouvoirs ("Dès qu’il y a un problème technique, mes parents me demandent").

Quatrième et dernier constat : ces collégiens s’accommodent de l’absence de vie privée en ligne, à la fois par méconnaissance (la plupart ont des notions superficielles des paramétrages et des données personnelles), et par fatalisme, teinté de "ça n’arrive qu’aux autres". Ils vivent avec ce couperet de la e-réputation, sans le maîtriser, mais sans s’en inquiéter non plus. En revanche, dès qu’on les sensibilise sur le sujet, les questions qu’ils se posent sont nombreuses.

Les phrases ci-dessous, prononcées par les collégiens lors de l’intervention de Nadya Benyounes, en disent beaucoup sur les rapports qu’ils entretiennent, parfois de manière contradictoire, avec les univers numériques.

"Facebook, c’est pour faire des rencontres."
"Facebook, c’est un endroit où on peut s’exprimer librement. On chatte, on parle, on publie des photos. On peut aimer. On like des coms. On fait des jeux. On regarde le profil des gens."
"- Moi j’ai pas de profil Facebook.
– Il est fou lui !"
"On a des consoles, alors on va pas sur le Net pour jouer."
"Internet, c’est né sur un ordinateur."
"Mark Zuckerberg, peut-être que c’est une super commère ?"
"On sait bien que quand on surfe, Facebook récupère des données. C’est comme ça."
"Un réseau social, c’est quand on raconte sa vie."
Question de Nadya Benyounès : "Qui n’a pas Internet chez lui ?" Réponse d’un élève : "Qui n’a pas l’eau chaude ?"
"Quand les parents nous demandent quelque chose, si on sait pas répondre, on va sur un forum. Et quand on se pose des questions, on demande pas aux parents, on trouve tout sur Internet."
Question de Nadya Benyounès : "Qui utilise Youtube ?" Toutes les mains se lèvent. "Qui utilise Dailymotion ?" Réponse collective : "Pfffff !" Précision d’un élève : "Youtube, c’est la ville. Dailymotion, c’est la campagne. Si je veux poster une vidéo, c’est sur Youtube, au moins elle sera vue."
"Mes vidéos Youtube, je les poste avec mon pseudo, ça buzze plus qu’un vrai nom."
"On garde MSN pour rester en contact avec ceux qui ont pas Facebook."
"J’ai verrouillé l’accès à mon ordinateur pour mes parents, parce que Facebook c’est ma vie privée !"
"J’ai mis un mot de passe pour empêcher ma mère d’aller sur mon PC, sinon elle fait tout bugger !"
"Si je mets un faux nom sur Facebook, c’est juste pour que mes parents me retrouvent pas."
"Sur Facebook, les gens me calculent pas, alors que sur Twitter, les gens me répondent même si on se connaît pas. Et puis il y a toujours du monde sur Twitter."

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